La Ville tentaculaire 

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Tout œuvre poétique est liée à son auteur ; comme disait Louis Jouvet : tel homme – tel comédien . Je me rends compte que cela est particulièrement vrai pour moi . Mes obsessions, mes conjurations, mes fols espoirs, mon amour irrépressible du vivant, mes chutes…et ce nom que je déterre si lentement entre fil d’or et fil de nuit . Tout cela trace la carte géographique d’un tempérament  propre : un être tourmenté par la faille ( déportée – tout est là ) *, un être tourmenté par la fracture entre l’homme et la vie, entre l’homme et son berceau de grâces…un être « arraché du père » d’où une douleur souterraine intense , une conscience aiguë du « non être »  qui peut amoindrir, détériorer, voir annihiler un certain temps, des années  parfois, le travail intérieur de l’esprit : ( Qui te retient  ainsi – Pénitente passive – En l’étroitesse des leurres ? – Dans le verre de ton cœur un pavot noir – Sécrète un lent fil rouge – Tu t’y amarres – Et l’éternité comme un vieux chien couché à tes pieds ) * * *. D’où cette urgence d’une quête de la joie, car le désespoir est la plus terrible des aliénations, d’où cette urgence de retrouver un lieu sans blessure  ( Il est un lieu qui lave la petite mort – Un lieu si infime – Il est un lieu qui lave toutes les petites morts – Un lieu très grand…) ** . L’écriture

poétique est mon lieu…que j’arpente jour et nuit, car la poésie est faîte d’insomnies comme dirait René Char, la poésie est ce buisson ardent, cette étoile réscapée du grand Nord , ce Haut- domaine là où « L’incendie des basses plaines n’arase pas le nid de l’aigle »***. L’écriture ce «  Haut fruit sonore – encore tout rond de soleil »***  …Ecrire c’est participer à la fête de l’esprit…écrire c’est marcher au plus près de sa naissance … On peut dire aussi que l’écriture poétique est mon lieu de dissidence, de lutte lumineuse : le poète vigile de la communion des âmes, alouette têtue, participe par son chant à la fonte des haines environnantes : «  Le tapement du cœur – Je veux réveiller les étoiles – Toutes les étoiles – chaque étoile endormie – Est un clou enfoncé dans mon cœur  »* Ecrire délivrer, soulever rassembler….  « Ce n’est pas le poids de la nuit – Qui courbe le poète – C’est sa capacité à déterrer les étoiles »***

Pour conclure sur ce léger lever du voile….Car le tabernacle ne s’approche que les yeux fermés, je vous faits part d’une de ces pensées que je note régulièrement sur un cahier : en janvier 2004, je me suis réveillée brusquement, dans une grande joie, avec ces mots : Aujourd’hui, tu as une réponse à ta vie d’artiste ; c’est que l’art est un « don » . ce n’est ni un faire, ni un savoir-faire, ni un vouloir-faire, il vient d’ailleurs, là où gîte ton amour jour et nuit .Puis je notais plus tard : Vous avez donné au poète ce don de la proximité de Dieu. Amante de l’Eternel, amante du silence, amante de l’aimant, amante du retirement si dans ma poésie les mots parfois s’amoncellent comme neige contre neige ce n’est pas pour éblouir mais pour mieux donner soif.

Je voudrais finir par cette magnifique pensée de René Char que je viens de redécouvrir ce matin, texte issu de La bibliothèque est en feu :

« Tout en nous ne devrait être qu’une fête joyeuse quand quelque chose que nous n’avons pas prévu, que nous n’éclairons pas, qui va parler à notre cœur, par ses seuls moyens, s’accomplit »

 

 

** : texte issu de Demeures et Parole

*** : texte issu de Cahier Renversé

          Elizabeth Winterhalter Pujol

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